Retour en France
Juste pour documenter la transition, me voici de retour en France pour quelques temps.
Le stage à IT for Change m’a beaucoup apporté, l’IGF aussi. J’en parlerai sûrement un de ces jours. La vie en Inde a changé ma façon de voir beaucoup de choses mais il m’a été impossible de le documenter même partiellement ici, après les incompréhensions et les difficultés à être neutre dont témoignent certains échanges de commentaires. C’est entièrement ma responsabilité : tenter d’écrire sur des sujets si complexes ne peut que mener au contre-sens.
Je n’arrive toujours pas à risquer un projet concret avec ce blog, puisque je suis trop irrégulier et mobile, donc je le garde pour l’instant. En attendant, il servira de boîte à lettre ponctuelle : par exemple, je vais publier une note bientôt, sur un sujet politique, c’est pourquoi je rédige ce post transitoire.
Par contre, je n’ai pas le temps ni la motivation de faire une refonte graphique et technique plus que nécessaire. Désolé, donc, pour l’apparence et la vétusté des lieux !
A très vite ici même
Pablo
Moustache, nouvelles et Médiapart
Parce que je l’avais promis et qu’il faut bien que j’écrive un truc sur ce blog fantôme, voici ma moustache en position semi-déployée, sans gel. Le jour ou je rase, je rase d’abord la barbe histoire de prendre une petite photo juste en moustache :D..
[image censurée à posteriori pour raisons évidentes de crédibilité publique]
Sinon, tout va bien : (pour ceux qui ont pas suivi, je suis en Inde, à Bangalore, lire ici)
- des soirées de plus en plus sympathiques avec des gens régulièrement nouveaux, souvent issus du monde des activistes ou des artistes, (je dois absolument vous présenter Jagaa),
- ma caméra est arrivée, (c’est une pocket cam Zi8 de Kodack, avec tout ce qu’il faut pour en faire le bijou de l’autonomie : un mini-micro, 2 batteries, une grosse carte mémoire…) - je la prendrais bien en photo pour vous la montrer, mais il se trouve que je n’ai qu’elle pour prendre des photos. Cherchez l’erreur - Et avec elle quelques petits projets de vidéos dont, cette fois, je ne parlerai pas avant de les avoir fait,
- je lis de bons bouquins,
- Nicôme (Nico mon binôme) arrive ce soir pour 4 jours histoire qu’on se fasse un bilan de parcours et qu’on compare les détails de la vie Bangladeshienne (?) et indienne
- mes slips sèchent au vent régulier du ventilo en humectant les ailes des moustiques,
- la mousson à Bangalore c’est que dalle pour le moment, à part qu’il commence à faire beaucoup plus frais
- le boulot se passe bien, c’est intéressant et sympa (ça prend beaucoup trop de temps malheureusement)
- le Pablog qui devait se remplir de témoignages passionnés sur les tensions socio-politiques indiennes dort comme une pièce, précisement au rythme de mon absence d’envie d’entrer dans des descriptions beaucoup trop difficiles et instantanément politiquement incorrecte quoi que je fasse (j’ai déjà essayé, j’ai plusieurs articles dans les placards mais ça se dit pas)
- des petits plans de voyages au travers de l’Inde se profilent à un horizon assez proche, (Nord de l’Inde notamment et Himalaya)
- je me rend compte maintenant à quel point Bangalore en Inde est un lieu facile à aborder par rapport à beaucoup d’autres (pays). L’anglophonie d’une partie des habitants y est pour beaucoup. Si vous voulez bouger en Inde, n’hésitez pas, il n’y a vraiment aucun problème.
…etc. La vie continue de suivre longuement son cours.
Une petite chose que j’aurais voulu aborder avec plus de précisions mais faute de temps, on mange du brouillon :
- soutenez Médiapart. Ils en sont à leur énième procès en deux courtes années d’existence, parce qu’ils sont les seuls à dire des vérités qui dérangent et que les méchants, bien que sachant qu’ils ne gagneront pas les procès, se disent que c’est pas plus mal de mettre en difficulté financière l’un des seuls média libre d’aujourd’hui. Donc, s’il vous plaît, ceux qui ne le sont pas déjà (tous ?) abonnez-vous, c’est de toutes façons le meilleur journal en termes de qualité, de rigueur et de profondeur. Et ça coûte que 9 euros/mois (5 pour les étudiants). Ceux qui peuvent se le permettre, n’hésitez pas à prendre un abonnement “soutien” à 15 euros par mois (à comparer à 2 euros tous les matins pour un journal normal). Pour tous ceux qui ont pas d’argent pour ça, parlez-en autour de vous, faites passer le mot.
Pour ceux qui ne le savent pas, je suis l’aventure de Médiapart depuis le premier jour (et même avant) et c’est une aventure extraordinaire. Ils sont en train d’écrire l’histoire de la presse libre et de la presse en ligne. Ils ne m’ont jamais déçu, ils ont un traitement bien plus qualitatif de leurs sujets que tous les autres journaux que j’ai lu, ils proposent des revues du web (de très bons liens) tous les jours ainsi que des articles de fonds dans les rubriques “international, économie, culture et idées, france”, plus les brèves : la version Médiapart de 20 minutes : ce qu’il faut savoir de l’actu (En haut à gauche de la page d’accueil : lien “tout l’essentiel”). Sans compter le “club” où tous les membres écrivent des blogs personnels (s’ils veulent) et s’organisent ensemble autour de thèmes (parfois avec les journalistes) autour d’”éditions collaboratives” co-écrites et co-gérées. Il y a aussi des événements, des photos zet vidéos et le mieux : tous les articles sont commentés par des lecteurs respectueux et compétents ce qui fait que bien souvent, la discussion sous les articles en apprend trois fois plus que les articles eux-même, déjà sans équivalents.
Enfin, si Médiapart attend son seuil de 50 000 abonnés (25000 aujourd’hui, dont pas un seul ne regrette), ils auront prouvé que l’information payante sur Interne est viable et que le journalisme d’investigation courageux, de qualité et exerçant son rôle de veille démocratique a encore une place dans cette société de l’information qui se délite.
En tant qu’abonné, je peux aussi vous parrainer, vous offrir des articles et encore d’autres trucs pour essayer et voir si vous aimez. N’hésitez pas à demander !
Je vais tenter de revenir sur des descriptions, des photos et tout - de l’Inde
Et puis une chanson que j’ai adoré : la Blogothèque est un projet sur Youtube qui fait des shows “à emporter”, c’est à dire qu’ils font jouer des artistes en live dans les rues de Paris
Extra.
A bientôt
Pablo
24 heures de la vie dans un BRIC
8h - Mon réveil sonne pour la troisième fois mais je m’étais rendormi énervé des klaxons incessants du périph’ voisin. Cette fois je suis en retard mais je dois laver mon linge pour demain (dans le bac qui sert traditionnellement de douche aux indiens - ça s’appelle “Bucket shower” par ici et c’est achte bon pour la planète, paraît-il, mais c’est galère), donc au diable la varice.
Ça, c’est une bucket shower typique. (la mienne est moins jolie
)
J’éloigne les quelques insectes qui profitent de l’humidité de notre petite salle de bain (la chaleur y est torride, le ventilateur (de plafond) n’est que pour la chambre), vidange mon ventre d’une interminable diarrhée (Causée, semble-t-il, par la consommation d’un jus de fruit coupé à l’eau du robinet qui est toxique pour les indiens comme pour moi…Je tiens à dire que, vivant au quotidien un pays où les restrictions d’eau potable sont omniprésentes, ça donne envie d’arrêter de polluer les dernières nappes d’eau potable françaises, ne serait-ce que pour que les pauvres ne multiplient pas par dix leur budget eau. Donc, svp, bouffons bio et le moins de viande possible), douche et lessive, m’habille et réveille mon “coloc” (Je pense que l’anglais room-mate est plus proche de la vérité : on s’est pas choisi et on vit dans une chambre) pour le prévenir de mon départ (La chambre se ferme de l’extérieur par un verrou et de l’intérieur par un loquet. S’il veut dormir tranquille, mon coloc doit fermer derrière moi quand je pars - et je le réveille quand je rentre, pour la même raison).
Ça, c’est un panneau d’indication de base…je t’en prie, vas trouver n’importe quoi dans cette ville
Je suis vétu de vêtements ultra légers, achetés ça et là, qui ne ressemblent en rien aux vêtements occidentaux. Disons plus aux presque-mousselines informes que portent les “roots orientalisés” occidentaux…C’est vrai que ça tappe à Bangalore, même si c’est une des villes les plus fraîches d’Inde…J’enfourche mon vélo - n’ayant étrangement pas de vitesses, mais des amortisseurs avant et arrière - esquive trois “autos“, une enfant qui me parle tous les matins en kannada (que je m’obstine à ne pas comprendre), les trous du trottoir et m’insère “subtilement” dans la circulation sur la voie de gauche. (ne pas oublier pablo, ne pas oublier).
Ça, c’est une “auto” de Bangalore de base. C’est comme les taxis de Bucarest, sauf qu’ils conduisent bien plus mal…
EDIT : La comparaison vaut pour l’usage (Il sont tous relativement peu chers et omniprésents) qu’on en fait, non pas pour les aspects mécaniques ou performantiels de la chose.
Ma route croise celle de femmes en saris de toutes les couleurs, d’un nombre invraisemblable de deux-roues et d’autres véhicules dont tous se disputent le titre du plus dangereux conducteur. Quelques vaches broutent des ordures ci et là, les vendeurs ambulants crient leurs produits aux portes closes et fenêtres ouvertes, de braves citoyens dessinent des kolams devant leur porte. Le temps est encore doux, des arbres aversent de fleurs de fin d’été mon chemin et toutes les routes de Bangalore. (qui est connue pour être la ville Jardin de l’Inde, particulièrement pleine d’arbres et de parcs)
Ca c’est une dame en sari qui porte des colliers de fleurs (à vendre) dont les femmes se parent la crinière pour je ne sais quelle religieuse raison…
(ça c’est un jack-fruit tree dans la rue, avec ses jack-fruits immenses qui pendent - qui seront vendus dans cette rue un de ces jours- et je suis apparement le seul à pas connaître cet arbre. Notez qu’il y a plein de fruits exotiques partout ici, des omniprésentes noix de coco aux mangues)
Ça, c’est un kolam dessiné à la poudre de riz (mélangée à l’eau), devant une porte. Quasiment tout le monde dessine ces choses devant la porte, par ici.
Quelques miracles circulatoires plus tard (puisque je suis toujours en vie), j’arrive au bureau. A part la nourriture ultra épicée (tout le temps végétarien et la plupart du temps à base de Rotis, riz et différentes préparations épicées dont je ne me souviens jamais du nom) et l’exagération hiérarchique qui règne au boulot - due en partie au moins aux rémanences psychologiques de castes -, rien de bien particulier. Si, peut-être la propension qu’à la discussion du lunch-break à parler mariage…et toujours ce plaisir de manger avec les doigts (de la main droite, s’il vous plaît, car ici, la plupart des gens n’utilisent pas de PQ mais leur main…gauche, alors t’imagines)
Ah oui, et les black-out électriques réguliers (minimum plusieurs fois par jour)…Encore une vision prémonitoire de ce qui arrive doucement en Europe avec le pic pétrolier et notre stupide dépendance énergétique.
Le soir venu, départ tard du boulot, cours de tablas si c’est le jour, dîner dans un “upahar” (sorte de restauration rapide indienne, où je mange soit un veg-rice biryani (bien épicé) ou un gobi manchurian (bien épicé), dicussions politiques avec Shivs (une collègue américaine de science po, c’est un plaisir de batailler avec quelqu’un d’aussi têtu que moi, tout en apprenant l’anglais) et retour à la chambre, où je bouquine, combat quelques moustiques et me fait raconter l’Inde et l’Hindouisme par mon coloc. A noter, s’il est 10h passées au retour, c’est soit disant “dangereux” et tout est fermé. Les chiens se réunissent en meutes et deviennent incroyablement agressifs et tout le monde m’a dit de me méfier des motards et des gens et de ne pas rentrer seul, même à vélo. Je pense pour ma part que le matraquage médiatique sur l’insécurité a rendu les indiens assez paranos. Et pour les chiens, je me munis d’un bâton si j’en trouve un et ça s’est bien passé jusqu’à présent.
Ça, c’est le gobi manchurian. Gobi, c’est choux fleur, préparé à la manière de la Chine du Sud et c’est trop bon…
Donc, après la tentative d’immersion dans un quotidien fort éloigné, je me propose d’attaquer le prochain post sur un sujet comme le mariage arrangé, les castes, les disparités sociales, le poids de la religion ou un autre truc croustillant…
Disons pour introduire le sujet que la culture indienne est très hermétique. Que les lecteurs indiens et les proches de cette culture m’en pardonne, mais je n’ai jamais vu un tel protectionnisme culturel. Pour un occidental, il est inimaginable et inimaginé de s’intégrer. De fait, les occidentaux sont traités avec l’”affabilité” que l’on réserve aux riches et aux curieux pas méchants. L’immersion culturelle se réduit le plus souvent à des réponses franches et bienveillantes, mais jamais de réelles ouvertures. Je ne suis et ne serai jamais considéré comme un indien par la plupart des indiens, ni ne serait considéré comme un mari potentiel par la plupart des indiennes. Il est déjà presque impossible pour un indien du nord de se sentir chez lui dans un état du sud, alors t’imagines… Les indiens “tradi” peuvent être très ouverts, ils ne se font pas d’illusion et n’en entretiennent pas sur le fait que quoi qu’on fasse pour s’en rapprocher, on ne sera que des touristes culturels. Les indiens “modernes” ont adopté la liberté de ton et de pensée occidentale et en général, vomissent l’essentiel des limites culturelles de leurs traditions qu’ils considèrent indignes. Du coup, il y a difficilement d’entre-deux.
De fait, faire partie pour la première fois de ma vie d’une minorité visible est une singulière expérience. Dans l’essentiel de mon quotidien, je suis le seul blanc et je suis “reluqué” comme tel par beaucoup. En général, dans une sorte d’extraordinaire hospitalité indienne, ou un genre de conservation d’un respect post-colonial (ou de stupide glorification des “colonisateurs” de la colonisation culturelle en cours), les indiens me traitent beaucoup mieux qu’ils ne traitent un autre indien, du nord ou du sud.Mon pouvoir d’achat “supposé” (en tant que blanc, encore une fois) n’y est pas pour rien non plus.
Ça me rappelle ce détail d’un WE à Pondicherry…Voici comment je le racontais sur Facebook :
“En fait, c’est plus de se baigner dans le golfe du bengale qui défonce et le seaside d’un pays tropical, c’est méchant (bien que pas propre ici)
Les tamili (indiens de l’état qui entoure Pondi) sont adorables, hyper curieux…
A pondi et à Auroville, le truc le plus différent c’est le nombre d’occidentaux de partout. La plupart sont super peace, vraiment adorables. La confiance totale est de mise, c’est la fraternité incarnée là bas.
Mais, ombre au tableau, si tu peux t’imaginer le truc de fou, sur la plage d’auroville ya un espace réservé aux occidentaux. Au début, innocent, j’accepte l’idée que c’est pour protéger les indiens des moeurs vestimentaires occidentales plus libres (les indiennes se baignent en sari). Puis à l’usage, faisant un footing sur la place avec trois jeunes pécheurs tamili, ils s’arrêtent à un point et me disent “continue et reviens, on t’attend ici”. L’idée est que cette pseudo protection culturelle est juste un appartheid déguisé : il y a un garde sur la plage des blancs et c’est à la gueule (à la couleur de peau) que le type chasse les indiens et accepte les occidentaux.
Bref, le truc dégueu...C’est fou ici, mais c’est toujours comme ça, ya le côté génial et l’autre…et il faut jamais se laisser aller à se faire des lunettes en PQ pour voir la vie en rose.”
Bref. Je sais que les lignes ci-dessus sont exagérées, simplistes et non-réfléchies, mais je les écris quand même, ne serait-ce que pour amorcer une discussion intéressante, tant que je prends le temps d’écrire.
J’en reste là pour ce soir, il me faut affronter les chiens sur mon vélo
Bisous à tous
Ah oui, tiens, j’ai expérimenté un hopital indien le WE dernier, faut que je pense à raconter ça
Et tiens, ça c’est juste pour illustrer la différence d’esthétique entre certaines manifestations culturelles indiennes et notre quotidien silencieux, coincé et grisâtre français :p
Et puis un petit croquis pour la route…
Ah oui, et pour voir à quoi ressemble l’Etat dans lequel je vis, c’est ici (bien sûr, c’est que des images touristiques)
Bien arrivé, tout ça tout ça…
Tellement à dire et si peu de temps…
D’abord des nouvelles…
Pour ceux qui ont pas suivi, je suis en Inde depuis 2 semaines, à Bangalore (sud de l’Inde, voir carte), pour 6 mois, dans le cadre de mon stage de fin d’études de multimédia.

inde
Je vais très bien. Le boulot se passe bien (mais trop prenant, j’y reviendrai). L’idée en gros est qu’on refond la stratégie de communication de l’ONG IT for Change, dont vous trouverez le détail de l’activité ici. Ne cherchez pas de résumé ou de compréhension facile de ce que c’est, il n’y en a pas. (et c’est en partie pour ça que je suis ici). Ma manière de l’expliquer, c’est qu’ils font de la recherche à but social sur le potentiel des nouvelles technologies dans le cadre du développement. Ensuite, ils font du lobbying et des relations publiques pour essayer de faire appliquer leurs conclusions. L’équipe est adorable, les chercheurs sont impressionnants et il y a beaucoup à apprendre. Et pour les citoyens numériques, le truc génial c’est que je suis obligé de taffer qu’avec du logiciel libre : Ubuntu, Inkscape, GIMP, Kompozer…C’est le genre d’occaz en or de se faire la main sur ces parents pauvres des logiciels payants, propriétaires et accessibles qu’aux entreprises.
EDIT 15/03/10 : Bien sûr, ce “parents pauvres des logiciels payants” signifie que malheureusement, ils sont moins reconnus chez les professionnels. Ce n’est nullement péjoratif (mais c’était peut-être un mauvais usage de l’expression)
(Ca c’est leur logo. Inutile de critiquer, ils sont conscients que leur design est … un peu … enfin …, moi je dis rien, sinon ça va me retomber sur le dos)
Je n’ai aucun souci de santé malgré la paranoïa que le marketing pharmaceutique a réussi à créer dans ma tête. La vie à Bangalore est aussi saine qu’ailleurs si on y applique les rêgles d’hygiène normales (en France). J’ai même arrêté de me protéger des moustiques, les malarieux étant dans les campagnes.
Je suis installé avec un “coloc” dans une sorte d’appartement crade sans cuisine.Mon binôme est un indien adorable, qui m’apprend beaucoup sûr sur sa spiritualité (il est très pratiquant). J’ai acheté un vélo (apparament mal négocié à 1500 roupies, mais le type assure le SAV, alors je m’estime heureux) et je tente de me faire à la folie de la circulation et à la conduite à gauche. Mes principales connaissances sont mes collègues (disons plutôt amis, c’est l’ambiance ONG et pas Publicis) ainsi qu’une poignée d’indiennes barrées et adorables, rencontrées dans une soirée “gate crashing” (incruste) le WE dernier.
(ça c’est mon lit superposé, mon coloc vivant donc 50 cm en dessous)
J’ai commencé des cours de tablas et j’envisage d’au moins essayer le yoga et un art martial.
(Un exemple de solo de tabla…A noter que cet instrument se joue avec seulement trois doigts de chaque main.)
Le plus difficile est d’écouter et de parler TOUT LE TEMPS en anglais. Au début c’est crevant, ça demande une concentration folle. D’autant que les accents sont variés et chauds-toyants. Mais on finit par s’y faire.
On bouge pas mal dans la ville mais elle est très grande et saturée, ça ne facilite pas la chose. On va essayer de partir le plus possible durant les WE, il y a plein de choses à voir par ici.
Maintenant, la description…
L’Inde est une expérience multidimensionnelle. Tous les sens sont frappés, tous les acquis culturels sont niés, toutes les idées religieuses, politiques ou économiques sont remises en question.
Quelques exemples :
Bonne fête l’Ouïe : Il n’est pas un instant de silence à Bangalore. Le bruit infernal du trafic et des klaxons perpetuels est parfois troublé par la complainte d’un vendeur ambulant, le cri d’un oiseau ou les échos de la télé. Quand aucun de ces calques n’excite les tympans, (quelques minutes par nuit, sûrement) c’est pour se souvenir du bruit obsédant du nécessaire ventilateur et des vieilles installations électriques grésillantes.
Manger avec les doigts : j’ai découvert avec plaisir une facette de plus de mon immaturité…Je prends systématiquement du riz à table, pour le plaisir de touiller, galérer, embouler, saisir, pou(c)er et enfourner avec les doigts. Alors, bien sûr, on s’en met partout, mais ici, c’est tout sauf malpoli. En tous cas, les premières fois, mon conditionnement de politesse (culturellement relative) m’a mis un peu mal à l’aise malgré tout. Et quand je mange en Inde avec des occidentaux, je ressens comme une légère pression et l’impression de me conduire salement. Nous sommes pourtant en Inde…Bref…
Le sens des choses : Ici, chaque chose a un sens, un rôle. La musique n’est pas composée de notes mais de mots et sert à parler aux Dieux. Le mélange sucré, salé, épicé…etc est un hymne à la diversité de la vie et des Dieux. Les vêtements, les repas, les décorations, les couleurs… Et bien sûr, l’une des choses qu’on (que je) a trop souvent oublié…les mots.
L’environnement géo-politique : Notre président chéri doit rêver chaque nuit que la situation française devienne aussi tendue qu’en Inde pour pouvoir créer et surfer encore plus sur l’insécurité…Les types se ramassent des attentats tous les quinze et leurs voisins sont le Pakistan, le Bangladesh et la Chine (et sans entrer dans les détails, la Chine est particulièrement menaçante pour l’Inde apparament). Selon les personnes à qui l’on parle, le stress terroriste est plus ou moins présent et pressant, mais nombreux ont au bout de la langue les troubles au Kashmir, l’aggressivité des musulmans (je reviendrai sur ce point passionnant)…
Bref, je pourrais continuer longtemps ou entrer dans les détails, mais ça ne sert à rien, pour le moment, j’apprends.
Un truc est certain, les innombrables points communs avec la Roumanie qui cohabitent avec des différences totalement radicales font de la comparaison de ces deux pays un excellent point de départ pour tenter de comprendre…Bien sûr, j’y reviendrai.
Donc, quelques photos et commentaires pour finir :
Quelques couleurs au détour de Cubbon parc
Une sorte de camp de pauvres, au détour d’une rue de Jayanagar
Un exemple de plat à “sens” multigoûts pour la fête nationale
Le palais du Maharajah…aussi ridiculement prétentieux que Versailles et tous les autres témoignages de l’opulence des dominants
Mon premier singe “sauvage”…Il nous a méprisé avec une supériorité très humaine
Krishna, deux de ses femmes et des musiciens (j’y reviendrai) dans une pièce de théâtre (en kannada, la langue locale, c’était pas facile à suivre) issue de la mythologie hindoue (Qui a l’importance de la bible pour les chrétiens, j’y reviendrai)…savant mélange de messages spirituels et de leçons de traditionnalisme, j’y reviendrai.
Des ornements faits en poudre ou sable coloré…Magnifique !
Un arbre dans le jardin du Maharajah…(je vous disais qu’ils étaient grands, mais vous me croyiez pas)
Vue d’un parc
Le chantier du métro aérien (au milieu) et les magnifiques arbres qui sont à couper (des milliers l’ont déjà été malgré les résistances civiles)
Et pour finir, un croquis scanné avec le super appareil photo de mon portable… (bientôt j’aurai la caméra, c’est promis)…
Ca c’est le quotidien des transactions économiques entre moi et les commerçants indiens…
EDIT 2 : Photo changée pour meilleure compréhension
EDIT 3 : Texte du croquis :
No ! Not new ! Second Hand …
Y zentravent pas une bille en anglais…
It occurs that you still owe me 23 roupies sir
L’Inde vue par…
Croquis dégueu griffonné en marchant…assez représentatif des premiers jours.
Sinon, je n’ai malheureusement pas encore le temps d’en faire beaucoup, mais quelques images :
L’Inde (ou plutôt le quartier sud de Bangalore, j’ai nommé Jayanagar) c’est :
- Des choses auxquelles on s’attend :
(Vache siestant à l’ombre d’un arbre exotique, au bord de la route)
- Des choses auxquelles on s’attend pas forcément :
(Pour le festival Holi en l’honneur de je ne sais quel Dieu important (Ils en auraient 33 millions selon le routard, alors tu parles, les indiens “play holi”, c’est à dire qu’ils s’entre aspergent de colorants de toutes couleurs. C’est plutôt au nord de l’Inde que ça se passe, mais je me suis pas raté quand même
Evidemment, j’ai pas réussi à le faire partir avec le premier jour de taff, le lendemain)
- Des trucs tristes :
(Oui, les enfants travaillent et certains dorment dans la rue. Cela dit, je pense que la Roumanie m’a pas mal décomplexé du choc social que tout le monde m’avait annoncé. La pauvreté est omniprésente ici, mais elle est aussi criminelle (notre responsabilité) et moche qu’en Roumanie ou ailleurs…)
- Des trucs marrants :
(Cette vache s’est incrusté dans une baraque et mangeait la selle d’une belle moto toute neuve…Le respect n’est pas réciproque
)
- Des trucs jolis :
Ya plein de fleurs et des arbres pas croyables. C’est les arbres qui me touchent le plus, je vous ferai une compilation de photos quand j’aurai un appareil photo ou une caméra - ces photos sont prises avec mon portable pourri)
- Des trucs moches :
(RAS, de toutes façons, c’est ici que les camions poubelles viennent les prendre, après dégustation par les chiens et les vaches et un petit feu pour réduire le tout)
- Bref, c’est comme partout…S’pas ?
A faire en vacances
Mon mois de Juillet en vidéo, avec un bon pote…On a participé à la construction d’un voilier en Hollande, on a appris plein de choses avec des gens formidables.
Carnet de voyage d’un super projet.
Députés godillots
Un député godillot est un député qui ne va au boulot que pour voter sans réfléchir, aux ordres d’une stratégie de parti et non pas à l’issue d’une réflexion personnelle.
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(Pour en savoir plus sur les députés godillots, voyez ce site d’initiative citoyenne qui commence une surveillance des députés)
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Un petit exemple en images :
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Il est évident pour tout le monde que la rigueur de l’UMP en la matière est sans précédent : l’exécutif (Nicolas Sarkozy) ordonne, le législatif (le parlement) suit. (…en totale contradiction avec la séparation des pouvoirs, nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie mais qui a dit que la démocratie française fonctionnait ?)
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C’est pourquoi j’ai été abasourdi par la mauvaise foi de notre ami Copé, président du groupe UMP à l’assemblée nationale, dans cette vidéo :
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Nous y reviendrons prochainement…
Du rapport entre Hadopi, le Libre et l’industrie de l’information
Qu’y-a-t-il derrière le black-out anti Hadopi ?
Combien de fois ouîmes-nous les sempiternels “branchés news” technophile saccager d’un <voix de Bob, ancien du Vietnam>On ne fera pas de moi un pirate ! </voix de Bob> le plus subtil et définitivement contemporain “texte de loi” de notre génération - la dite loi Création et Internet -, en un élan de ferveur désintéressée, avant de retourner à sa citoyenneté quotidienne : commenter les performances comparées de GTA sur PS3 & DS ?

A l’origine d’une telle conversion de millions de téléchargeurs du dimanche à la subtilité des débats parlementaires qui inquiète nos élus d’un intéressement politique plus global (il manquerait plus que le pouvoir soit au peuple, on était déjà pas assez dans la m** avec la crise…) plusieurs éléments :
- La peur : le profil des internautes français nous permet de supposer qu’ils ne se sentent globalement pas concernés par des mesures d’expulsions aux frontières en guerre, de stagnation du SMIC, de rapprochement anticonstitutionnel de l’exécutif et du judiciaire, de confits d’intérêts privés/publics, d’isolation postale, de surendettement/expulsion, de déstructuration de l’enseignement et de la recherche publique, d’envoi de troupes en Afghanistan, et autres joyeusetés de la Sarkozye. En revanche, il s’agit ici de menacer directement les nouveaux loisirs remplaçant la télé de la plupart des geeks et jeunes CSP+ de l’hexagone : le téléchargement ! “Pas touche à mon nounours…on vous emmerde pas, vous nous emmerdez pas. Si vos potes les majors en touchent plus une, filez leur des subventions publiques, comme aux constructeurs auto ! Mais si tu m’empêches de télécharger mon Dr House et mon Heroes, tu vas sentir ce qu’est le pouvoir du Web 2. Et d’ailleurs, fais gaffe, il se pourrait même que ça nous serve de leçon et qu’on s’en mêle plus souvent.” Voilà la principale raison de la réaction virale sans précédent du web sur ce sujet. Et les démagos d’en rajouter, et tel journal d’en faire une Une aguicheuse et catastrophiste…

"Une" de Libération sur Hadopi
Mais il est une explication plus profonde, sans laquelle la loi Création et Internet serait restée un sujet d’élite où quelques PDG de multinationales dicteraient leurs virgules aux parlementaires, comme pour les autres lois :
- Le mouvement du Libre. Le mouvement du Libre est un poil plus que des développeurs philanthropes qui travaillent sur Firfox et Linux pour nous éviter les failles de IE et les licences de Windows ; ou que de dangereux néo-communistes qui travaillent gratuitement pour remettre en question le capitalisme. Le mouvement du Libre est le pionnier d’un nouveau système économique imposé par l’arrivée de l’Internet et des associations comme l’APRIL (voir bannière en haut du blog), Framasoft ou la Quadrature du Net (initiateur de la campagne “black out du net”) font un travail de veille législative, de lobbying, de vulgarisation et de communication extraordinaire.
Ce nouveau système économique va s’imposer inéluctablement à terme, dans tous les secteurs de l’économie. Il a des qualités, des défauts, des gagnants, des perdants, on ne sait pas toutes ses conséquences ni leur étendue.
Ce qu’on sait, n’en déplaise à ses utopistes défenseurs est qu’il restera intrinsèquement capitaliste, motivé par le gain au détriment de la qualité ou de la diversité, qu’il fera plus de perdants que de gagnants mais indubitablement, la chaîne de valeur est bouleversée et les mécanismes de production et de vente sont changés.
Une transition économique majeure
Ce nouveau système économique est caractérisé par :
- Le participatif, tant dans le Crowdsourcing (De la conception du produit - ex : Danette demande aux internautes de choisir le goût de leur prochain yaourt- et du marketing -marketing viral-) que dans l’utilisation de biens placés sous une nouvelle génération de “biens publics”, dont les “licences Creative Commons” sont les premières expérimentations. Ces briques de valeurs gratuites (logiciels opensource, médicaments génériques, séquences de gènes décryptés, brevets ouverts, savoirs-faires accessibles - vidéos tutorielles en ligne - …) suppriment des marchés (essayez de vendre des navigateurs web) et en créent d’autres, hybrides/payants, dynamisent l’économie -auto formation permanente, réduction des barrières à l’entrée des marchés concernés (bases de travail gratuites…)-

- Un déplacement de la valeur dans la chaîne de production. Prenons deux exemples parlants :
- Le CD : Comme art, le CD est à la musique ce qu’une photo de tableau est à la peinture. C’est pourquoi le business model des majors du disque est si fragile (et périmé). Dans la nouvelle chaîne de valeur, la circulation de la copie de musique (mp3, peer-to-peer) est devenue encore plus facile que la distribution de flyers pour un peintre. Et elle s’impose (la copie de musique) comme ce qu’elle est : un teaser (outil marketing) pour la vraie valeur (économique) qui est la performance de l’artiste. Quelle logique, alors, y-t-il à punir les pirates ? Punissait-on les auditeurs de radio sous prétexte qu’ils achetaient moins de vinyles ? (les producteurs de vinyles ont aussi essayé d’interdire la radio)
A ce sujet, lire ou écouter gratos “l’âge de peer” :
- Un autre exemple serait les nouveaux business models de la plupart des services gratuits en ligne (flickR, youtube, gmail, myspace, …) : Le “produit d’appel” est un service gratuit de base qui fait office de teaser pour les offres premium/pro plus complètes et payantes. Là encore, le consommateur achète en connaissance de cause. Et la gratuité n’est encore là qu’une transformation d’un produit/service gratuit en teaser pour des offres payantes. Il s’agit d’un glissement dans la chaîne de valeur, non d’une crise de la gratuité. Il s’agit d’une transition économique non d’une destruction de l’économie.
La crise des médias
L’un des secteurs les plus touchés par cette nouvelle conjoncture gratuit/payant est celui de l’information. On clame que la presse meurt, que les chaînes TV meurent…Là encore, la gratuité est pointée : les blogs et les sites d’info gratuits, les agrégateurs de news (google news) détruiraient la presse. La TNT, Youtube et le Peer-to-peer tueraient les chaînes TV…Etc. Effectivement, la pub en ligne est beaucoup moins lucrative que la pub offline. Du coup, le modèle “pub seulement” qui caractérise les médias d’hier est inapplicable. Vous allez donc trouver cocasse que lemonde.fr, premier site d’information à expérimenter un modèle gratuit/payant soit le seul site d’information issu des anciens médias rentable….que la VOD construit son business en mettant sur les plates-formes vidéos gratuites des briques substantielles de contenus, pour mieux appâter le consommateur vers les contenus payants…
Ce que vit l’industrie de l’information est un simple changement de business model. La chasse aux sorcières sur les pirates, les aggrégateurs, les bloggers…prouve juste que les anciens médias ne savent pas encore en tirer parti et que leur pouvoir de lobbying est effrayant (au point de faire voter une loi liberticide, anticonstitutionnelle et inapplicable, comme le sont la loi Création et Internet et ses prédécesseurs).
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